Il y a des personnages historiques qu'on croit connaître jusqu'au moment où un témoignage direct les fait surgir, presque vivants, devant nous.

Dans Ungern, l'un des épisodes les plus saisissants raconte l'arrivée d'un journaliste au quartier général du baron Ungern von Sternberg, à Daouria. Après bien des difficultés, il est enfin introduit dans une modeste pièce. Là, il découvre un spectacle inattendu : non pas un général russe figé dans ses insignes, mais un homme à la longue moustache rousse, coiffé d'un bonnet mongol de soie et vêtu d'un costume national éclatant, portant pourtant les épaulettes dorées d'un officier impérial. La scène a quelque chose d'irréel, presque légendaire.

Puis Ungern parle. Et tout bascule.

Avec un calme glacial, il explique que seule la terreur peut vaincre la terreur. Le témoin comprend alors qu'il n'a pas devant lui un simple chef militaire, mais une figure de frontière, entre guerre, mystique, discipline et violence. Plus troublant encore : derrière la réputation du « baron sanguinaire », il découvre aussi un homme connaissant profondément les coutumes mongoles et inspirant à ses soldats une loyauté mêlée de peur.

C'est tout l'intérêt de ce livre : il ne livre pas seulement une légende, il la fait entendre à travers des archives, des témoignages et des scènes qui ont la force du vécu. On n'y trouve pas un portrait figé d'Ungern, mais une présence, dérangeante et inoubliable.